Terminal terrestre

Quito, 3 septembre 2018

En pleine nuit un avion me parachute au milieu des montagnes, dans les fronces de la robe andine, et mes talons claquent sur le parquet ciré : aéroport d’acier et de verre, palais des glaces sur un relief aride.

Un autobus m'emporte vers la ville, glisse sur le ruban de la route neuve – bille sur les parois d’une vasque –, le long des pentes dynamitées, bétonnées, d’un gris verdâtre et très lisse. Autoroute gagnée sur l’improbable, terres et pierres figées dans le mortier, plantes et vers étouffés : latex tiré sur la bouche du monde. On a asphyxié la surface grouillante de la terre, la croûte cassante du temps géologique, notre habitat, notre présent de crème brûlée – et en dessous dans la roche en fusion, les forces chtoniennes se fendent la gueule.

Un taxi dessine son éclair flavescent, chaloupe sur les boulevards déserts, effraie les chiens errants, évite de peu un amoncellement (des lambeaux de vinyle?), grimpe des rampes étroites, négocie des passages, vole au-dessus des toits et découvre un quartier, me largue devant une façade close, portail d’acier couleur de bronze. Ouverture grillagée : un visage vient s’y encadrer :

– ¡Buenas noches!

Le loquet grince. Je suis épuisé. Il faudra trouver le sommeil.

Le projet

Terminal terrestre est un ouvrage au long cours de Mahigan Lepage. Un récit planétaire écrit de l'intérieur d'une époque catastrophée.

Au ras des asphaltes et des bétons, à la peau de la terre battue, il y a du vivant qui s'agrippe à l'écorce terrestre; des drames actifs qui se jouent dans l'instant. Multipliés par cent, par mille, ces micro-récits formeraient quelque chose comme un monde – une masse mouvante où l'on pourrait voyager.

On avance dans Terminal terrestre en suivant les filons de la matière concrète : peau, acier, caoutchouc, diesel, cheveux... Car il n'y a pas de bord, pas d'au-delà. Il n'y a que la croûte dure de l'expérience qui traverse les lieux et les corps, les temps.

Notes sur le projet

Inventaire in progress