Guayaquil, 15 septembre 2018
Sous un échangeur – ciel de béton qui gronde – les marchands remballent leurs trésors, babioles de Chine ou jeans à dix dollars. Les rideaux de fer tombent comme des paupières. Les vendeurs ambulants lancent le mot comme si c’était la chose :
– ¡Botellas de agua!
– ¡Cepillos de dientes!
– ¡Jugo de naranja!
Des déchets – papier, plastique, aluminium – tournoient aux pieds des derniers passants.
Je marche dans le quartier des peluquerías. Hélices bleu-blanc-rouge. Les salons de coiffure remplacent les bars. La rue de Chile est une fête capillaire. Les foules débordent sur les trottoirs. Dans les salons les chaises toupillent, les cheveux s’envolent. D'énormes ciseaux volent dans les brousses. Des tondeuses rasent les tempes. Des coupe-choux grattent les peaux sèches. Oh les cheveux fauves des têtes équatoriales! Des mèches grasses s’envolent au plafond comme de petits mammifères volants. Le plancher est une invasion de lemmings. Ça copule et s’accroche aux chevilles des coiffeurs. Ça se répand dans la rue. Ça s’envole en torsades moelleuses qui sentent le karité et la noix de coco.
Sous le vent tropical des séchoirs à cheveux et des casques de coiffure, des paupières de femmes rêvent à un monde souple et soyeux.