Bangkok, 22 juillet 2019
Au matin la brigade déferle sur le boulevard. Un camion dégorge son eau à pleins boyaux. Des silhouettes orange le suivent, qui balayent la rivière entre leurs bottes de caoutchouc, font siffler la paille des balais sur le lit de la ville.
Devant le 7-Eleven un homme au physique fort, pieds nus, peau et cheveu sales, assis comme un bébé qui vient d’apprendre à s’asseoir : membres mous, déposés devant lui. Il promène son œil vitreux sur les autos et les passants.
Au pied du BTS des moignons, des pieds bots, des peaux ravagées recueillent les pièces et les billets froissés.
Je pose le pied sur l’escalier mécanique, je me décolle de la rue. Le train aérien m'emporte dans une bulle climatisée. Il tranche les édifices, coupe les vitres, fauche les étages, arase les toits. Les buildings tombent comme des blocs Tetris : beiges ou blancs, jaunes ou rose pâle, noir grave. Les centres commerciaux très lisses ondulent devant mes yeux – déboulent leurs lettres capitales.
Le train enjambe une autoroute, la vue se dégage, et le ciel. Au loin sont deux tours qui dominent le fleuve – elles sont chapeautées d’or. Auprès sont les yeux d’une étudiante à lunettes – ils sont cerclés d’or. Sous les roues du skytrain sont des étincelles – jamais pluie d’or ne retombe sur la ville.