Doi Inthanon, 29 octobre 2019
Sur le toit du pays qui s’échancre dans la mer, la Thaïlande qui rêve peut-être d’Himalaya, n'a de terre plus nordique que le Triangle d’or, de saillie plus haute que Doi Inthanon, sur le scooter noir je gravite au pourtour, je tourne autour du pot, je grimpe en spirale les kilomètres verticaux.
L’air se rafraîchit, les nuages menacent. Les pins se lèvent, peuple des hauteurs. Leurs faisceaux brillent dans les rayons brefs.
J’ai quitté le plancher des vaches et tout est rouge soudain – même les vaches. Baies les taures dont les omoplates saillissent entre les herbes. Rougeâtres les lits d’épines où sommeillent les troncs. Ocre même – ocre rouge – l’asphalte qui chauffe nos pneus. On aura pris le sable sur place, sans doute, pour fabriquer la route. La terre, même la terre ici est rouge, aussi rouge que terre puisse être : paprika. Là où la route a fait coupe dans le tuf, là où la végétation – ce vert qui tout recouvre – a été arrachée, là où l’homme a blessé la jungle, on en voit exposée la texture riche et ferreuse. On en prendrait une poignée qu’elle s’effriterait entre nos doigts tel un marc de café. Des fermiers vivent ici, cultivent des plants de riz qui absorbent le fer, élèvent du bétail à la langue rouge, boivent une eau au goût d’acier.
Des gens vivent ici, marchent sur le friable, subsistent dans ce monde qui rouille – comme nous, comme nous tous.