Terminal terrestre

À l'approche de Mandalay, 22 janvier 2019

Sur la digue dressée contre le fleuve Irrawaddy la route Myo Pratt prend la ville à revers. À main gauche sont des barges et des chalutiers; à droite des marais et des bassins. Je roule à moto sur la crête bulldozée, dans ce monde de fer et de poussière.

D’un coup tout déboule, tout se presse et s’empile. Des buildings de bidons de plastique, des pyramides de melons d’eau. Des restaurants aux bannières de nylon, des chaises en bord de route, sous la foulée des trucks rageants. Des vaches dans la boue, leurs mangeoires – puis tout de suite un dépotoir, des lambeaux souillés. Des enfants sales qui fouillent les poubelles, du linge à sécher au milieu du terre-plein. Un tuk-tuk-cargo, la benne remplie de poissons sanguinolents. Des minibus, des camions qui roulent au gaz naturel, bonbonnes dressées derrière les sièges. Un petit cheval qui tire un cabriolet, et l’homme dedans qui tient les rênes. Un plat en styromousse jeté par la fenêtre d’un SUV. La vie là-dessus, parmi les machines, sur la jetée de terre. Les journées passées, les enfants leurs jeux, les barils de diesel. La chaleur des moteurs qui fait onduler l’atmosphère.

Tout cela qui tombe et brise la ligne de la route, la phrase peine à rendre, la phrase peine à rendre…

Le projet

Terminal terrestre est un ouvrage au long cours de Mahigan Lepage. Un récit planétaire écrit de l'intérieur d'une époque catastrophée.

Au ras des asphaltes et des bétons, à la peau de la terre battue, il y a du vivant qui s'agrippe à l'écorce terrestre; des drames actifs qui se jouent dans l'instant. Multipliés par cent, par mille, ces micro-récits formeraient quelque chose comme un monde – une masse mouvante où l'on pourrait voyager.

On avance dans Terminal terrestre en suivant les filons de la matière concrète : peau, acier, caoutchouc, diesel, cheveux... Car il n'y a pas de bord, pas d'au-delà. Il n'y a que la croûte dure de l'expérience qui traverse les lieux et les corps, les temps.

Notes sur le projet

Inventaire in progress